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L'avenir du travail à l'heure de la digitalisation

Jacques Le Goff, Valérie Segond et Jean-François Dortier réunis autour d'une table ronde animée par le journaliste Philippe Duport.

23 juin 2017 — Avec les nouvelles technologies issues du numérique et de l’intelligence artificielle, le travail est-il amené à se précariser ? se raréfier, voire disparaître ? Le 1er juin à Enghien-les-Bains, lors du congrès du CNAS, trois experts ont exposé leur vision du sujet autour d'une table ronde intitulée Le travail demain, où vont nos emplois ?

L’avènement d’internet et des nouveaux appareils de communication — smartphones, tablettes… — a bouleversé les lois du marché. Depuis quelques années, des espaces communautaires en ligne mettent en relation clients et travailleurs indépendants dans des secteurs d’activité très variés : travaux, jardinage, garde d’enfants, photographie, livraison à domicile…

Le « fantasme » de l’ubérisation

Faut-il pour autant parler d’ubérisation de la société ? « Un fantasme s’est développé à partir des taxis, observe le sociologue Jean-François Dortier, car de nombreuses plateformes n’ont rien à voir avec Uber. Plusieurs d’entre elles regroupent des travailleurs auparavant non déclarés qui réalisent des travaux que les artisans ne font pas. »

Pour Valérie Segond, auteure de Va-t-on payer pour travailler ?, l’ubérisation se distingue par « le contrôle du prix et de la qualité de la prestation par la plateforme ».

La « révolution » engendrée par cette « plateformisation » réside, selon la journaliste, dans la dilution des rôles : « On ne sait plus ce qu’est une place de marché, si un travailleur est qualifié ou non puisque sa notation sur internet suffit… Tout le monde peut être à la fois tour à tour acteur et consommateur. »

Un phénomène qui ne date pas d’hier

« L’ubérisation n’est pas un phénomène nouveau, constate Jacques Le Goff, universitaire et ancien inspecteur du travail. L’escamotage des statuts de salariés sous couvert d’indépendance avait déjà cours il y a plus de 30 ans dans les secteurs du bâtiment ou des transports. »

Cette pratique trouverait sa source dans l'externalisation des tâches apparues au début des années 1970 dans le secteur du BTP, et se serait ensuite répandue à d’autres pans de l’économie, y compris à des fonctions plus stratégiques (finances, informatique...).

 « L’externalisation a contribué à diviser les marchés en lots, permettant de mettre en concurrence les prestataires et de peser sur les prix, explique Valérie Segond. La plateformisation n’est qu’une modalité technique pour en faire autant. »

Salariés en augmentation et taux de CDI stable

Toutefois, assiste-t-on à une baisse du salariat et une précarité accrue du travail ? « Non , répond Jean-François Dortier. Depuis les années 70-80, le nombre de salariés augmente et celui des indépendants a diminué — agriculteurs, petits commerçants… Le statut d’autoentrepreneur a connu un réel engouement mais la moitié d'entre eux ne déclare aucune activité. De grands secteurs vont encore embaucher : la santé, le social et les services aux personnes, l’informatique… »

Le sociologue poursuit : « Le taux de CDI est actuellement à 86 % et ne diminue pas. Les robots ou l’intelligence artificielle font diminuer le nombre d’emplois mais ne les suppriment pas massivement », s’appuyant sur les exemples du pilotage automatique des avions et du marché mondial de l’automobile.

Les agents territoriaux menacés par la digitalisation

Appliqués au service public local, ces nouveaux moyens numériques représenteraient « une menace pour la FPT, selon Valérie Segond, car l’usager va devoir faire les démarches administratives lui-même, là où l’État et les collectivités avaient un visage. »

Certains représentants de collectivités, présents dans l’assistance, ont toutefois mentionné des conversions numériques très bien reçues grâce à la mise en place d’un accompagnement à distance de l’usager.

Jacques Le Goff voit également pour les agents « un risque de colonisation de la vie personnelle par la vie professionnelle » et la poursuite « de la déconstruction du collectif engagée dans les années 80 avec l’individualisation des horaires et des salaires. »

La force d'accomplissement du travail

Nul ne sait encore comment et jusqu’où ces évolutions modifieront le monde du travail, mais l’ex-inspecteur du travail se montre résolument optimiste : « Pendant longtemps, le travail a été pensé par le prisme de la souffrance et de sa finalité économique. Aujourd’hui, on assiste à un phénomène inverse, en particulier dans les jeunes générations : on redécouvre sa force d’accomplissement de l’individu. »

David QUAILLET