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Aborder le virage numérique sans perdre son humanité

Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, et Frédéric Tordo, psychologue clinicien

27 juin 2016 — Réseaux sociaux, plateforme communautaire… Le lien virtuel entretenu par ces espaces numériques est-il compatible avec le lien social, qui constitue la vocation même du CNAS ? Au-delà, peuvent-ils répondre au besoin d’empathie qu’exprime notre société ? Quatre experts ont éclairé le débat du 49e congrès du CNAS.

« Capacité de comprendre les actions, les sentiments et les pensées de l’autre », l’empathie s’apparente, selon le psychologue-clinicien Frédéric Tordo, à une fusée à quatre étages « qui correspondent à des relations de plus en plus riches, avec de moins en moins de personnes. » S’appuyant sur divers exemples (avatars de jeux vidéo, photo de profil Facebook…), l’universitaire limite la portée des outils numériques : « Ils permettent des échanges de lien social globalisés, mais la communication authentique ne peut se développer qu’avec du temps et dans la rencontre physique. »

Dans le cas du CNAS, le rôle du correspondant apparaît donc à Frédéric Tordo « fondamental en tant que lien entre le numérique et le physique. » C’est aussi ce que révèle l’expérience de Maif Social Club. Réservé aux sociétaires Maif, cet espace communautaire propose un service de petites annonces et d’entraide, des ventes privées et des liens vers d’autres plateformes (BlaBlaCar, AirBnB…). « Ce qui fonctionne, c’est le modèle mixte, explique son concepteur, Emmanuel Cadiou, directeur général de l’agence de stratégie digitale BiiG, car il arrive un moment où il faut rencontrer un humain. Il faut aussi de la valeur et de la sincérité. »

« Il arrive un moment où il faut rencontrer un humain »

De plus, Maif Social Club a permis de recréer un lien social qui avait été rompu : « Les utilisateurs ne sont pas des trentenaires mais des plus de 50 ans qui regrettaient de ne plus se voir entre sociétaires, observe Vincent Le Pichon, directeur conseil de BiiG. Cette plateforme comble ce manque de relation. » S’il salue ce modèle vertueux, Alexandre Lacroix, essayiste et rédacteur en chef de Philosophie Magazine, met en garde contre l’ambivalence d’Internet, « cet espace de liberté qui est aussi un puissant instrument de surveillance. »

L’utilisation des données pour cerner les comportements individuels ou les systèmes de notation des sites d’e-commerce en sont deux illustrations. Elles découlent d’un courant de pensée né dans la Silicon Valley, le libertarisme, qui consiste « à appliquer les règles du libéralisme économique à l’ensemble de la société » et aboutirait à l’effacement des États, des frontières, des juridictions… La crise aidant, les Gafa — Google, Apple, Facebook, Amazon — ont profité de la naïveté des États pour « exercer à des conditions incroyables et vendre l’idée qu’ils pouvaient se substituer au service public » (messageries mondiales instantanées, bibliothèques en ligne, etc.).

Internet est donc un extraordinaire moyen de mise en relation des êtres humains, qui s’avère toutefois insuffisant pour développer une relation entre eux.

— Article publié dans Vivre le CNAS n°43 — spécial congrès (pdf-3,52 MB)